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35 ANS PHOTOGRAPHE A TAHITI

Photographe des tropiques ! Sans le hasard d'une escale océanienne, Sylvain ne le serait sans doute pas devenu. Mais le Pacifique a décidé pour lui… Ce matin d'octobre 1946, passager civil de l'aviso "Lagrandière" en provenance d'Indochine, Sylvain découvre Tahiti. Il a vingt-six ans, un diplôme d'ingénieur des Travaux Publics en poche et surtout quelques années de guerre derrière lui. Une période déterminante en vérité. Car à travers les joies terribles d'une certaine forme de reportage sur les chemins de la mort, elle vient de conforter le futur bâtisseur dans l'idée que sa passion de toujours, la photo, pouvait aussi être un moyen d'existence. Conducteur de char, Sylvain a participé à toutes les campagnes de la 2e D.B., son Rolleiflex sur la poitrine.


A la libération, ses images servent ainsi d'illustration pour l'exposition et la plaquette dédiées à la célèbre Division. L'aventure photographique ne fait alors que commencer. Rejoignant Leclerc en Indochine, il devient cette fois correspondant de guerre afin de pouvoir suivre de près les opérations de son Général. Avec sa caméra Bell and Howell 35 mm pour Pathé Journal, et toujours son boîtier 6 X 6 pour le grand journal de l'époque, " France Illustration ", il est partout où il y a de la bagarre : à Nankin, à Hanoï, à Pékin et même aux Indes, à Calcutta. Cependant, une trop longue cohabitation avec le danger fait que celui-ci n'a plus de prise sur sa conscience. Un jour, il réalise que la vie finit par ne plus compter pour lui. D'où la décision lucide de raccrocher, et ce voyage de retour vers la vie civile via les Établissements Français d'Océanie…

Lorsqu'il passe à Tahiti, Sylvain n'a donc pas encore de projet précis. Il ne sait pas ce qui l'attend en France, il n'est guère pressé d'y rentrer. Une disposition d'esprit qui lui permet d'aller à la rencontre des êtres et des choses, dans cette île dont le silence lumineux lui va d'emblée droit au cœur. C'est un double coup de foudre : " Le pays et une femme ; ou plutôt le pays par une femme, Tehani "… Belle Tahitienne aux longs cheveux qui lui donnera cinq enfants, dont un futur photographe, Teva.


" Tahiti à cette époque n'avait pas changé du tout depuis le temps de la dernière reine Pomare. Les liaisons avec la métropole n'étaient encore que maritimes : un bateau tous les six mois, avec, depuis Marseille, un mois et demi de traversée. Le seul échange de lettre avec ma famille pour annoncer mon mariage a même pris une année pour aller et venir ", raconte Sylvain. " Néanmoins, en ce qui concerne la photographie, il y avait déjà plusieurs professionnels de talent. Deux Américains, un Tchèque et un Français avaient une petite boutique et se chargeaient des travaux de laboratoire ". Ces photographes ne sont que portraitistes. Sylvain est journaliste. Le gouverneur en place le presse de rester en Polynésie afin d'y " monter l'information ". Quelques mois plus tard, c'est chose faite. Radio Tahiti est né, de même qu'un bulletin de presse, ancêtre des deux quotidiens actuels. Sylvain ouvre ensuite un magasin de photos avec laboratoire sur le port de Papeete et crée avec son ami Marc Darnois la maison de disques " Mareva ". Façon pour lui de renouer avec une deuxième passion : la musique. Car il est bon guitariste et folkloriste depuis toujours et cet ancien métier le rapproche encore des Polynésiens.


POUR ACCUEILLIR LE KON TIKI

L'année suivante, correspondant pour le Pacifique de Life et de Paris Match qui vient de redémarrer avec une rallonge à son titre, il assure les images de la fin du radeau Kon Tiki : échoué après 101 jours de navigation sur le récif de Raroia, dans l'archipel des Tuamotu. Doublant l'événement avec son matériel cinéma, il signe des séquences que l'on retrouve incluses dans le film de Thor Heyerdhal. Même opération pour la première liaison aérienne d'Air France et le retour des cendres du navigateur Alain Gerbault à Bora Bora. Mais cette fois, le film est destiné à Pathé Journal. - " Le jour de la cérémonie, il y avait une pluie torrentielle ", évoque Sylvain. Pour les photos et le film, c'était catastrophique. À ma demande on a tout simplement reporté au lendemain. Et là, on a dû faire un enterrement pour le cinéma ! Une vraie mise en scène (mais de toute façon, il s'agissait d'une cérémonie). Je faisais stopper le cortège pour changer d'angle, etc. Comme il n'y avait pas d'arbre autour de la tombe - Gerbault les ayant tous fait couper quelques années plus tôt pour aménager un terrain de football - j'en ai alors fait replanter. Ce sont les cocotiers qui s 'élèvent aujourd'hui autour du monument.



DE GAULLE REFUSE LES COLLIERS

Puis il y a les reportages de commande sur la vie tahitienne et là aussi, il faut maîtriser les deux techniques : photo et cinéma. À la demande du professeur Ranson du Muséum d'Histoire Naturelle, Sylvain réalise un documentaire très approfondi sur la culture des nacres et la vie du plancton. Avec l'urbaniste Robert Auzelle, qui a " inventé " la piste de l'aéroport international de Tahiti-Faaa et lui a fait faire des photos aériennes pour convaincre les bureaux parisiens, il photographie l'envers du décor de Papeete. La vétusté misérable de ses faubourgs est révélée. " Un travail passionnant " qui devait servir à l'urbanisation nouvelle de la ville, et constitue aujourd'hui un irremplaçable document. Tout comme les clichés illustrant les méfaits de la filariose qui, eux aussi, sont toujours utilisés. Bref, Sylvain se fait le témoin attentif de l'histoire et de l'évolution de ce qui est devenu son pays d'adoption. Dans les îles, où il va aussi projeter de temps à autre de vieux films 16 mm dans des hangars à coprah, il photographie toutes les familles. Il repique les photos anciennes qui existent encore et établit par l'image de véritables arbres généalogiques. Quelques-uns de ses plus beaux portraits sont repris en timbres et constituent les effigies des billets de banque actuels. Quant aux personnalités de passage, elles sont bien entendu également mises en boîte " à l'infini ", de Martine Carol, Bardot, Belmondo à Romain Gary, en passant par Catherine Deneuve, Reggiani, etc. Le tout est diffusé bien sûr par l'agence Magnum, dont Sylvain est devenu correspondant. Parmi ces visiteurs de marque, le Général de Gaulle reste le plus grand. Il vient à Tahiti en 1956. Contrairement à la tradition, il refuse tous les colliers de fleurs et de coquillages. Une fois pourtant, il acceptera d'être couronné. C'est qu'il n'a pas pu résister au charme et au sourire de Tehani Sylvain. La photo fait la couverture de Paris-Match et commence une longue carrière : elle symbolisera à elle seule la visite polynésienne du chef d'État. Le tournage des Mutinés de la Bounty avec Marlon Brando marque le début des années soixante. Sylvain est sur le terrain. Fidèle au format 6 X 6, il dispose de trois boîtiers Rolleiflex lui permettant de " doubler " ses clichés en couleur. Dans son laboratoire, il développe déjà l'Ektachrome, encore à ses débuts en France.




LES ARCHIVES BRÛLENT

Sans quitter son île de lumière, non sans continuer à " faire " des mariages pour assurer le quotidien, il est bien alors le photographe le plus heureux de la terre. Il connaît le bonheur d'une existence paisible et aussi la réussite du grand reporter puisque ses photos font régulièrement le tour du monde ! Il est publié dans les plus grandes revues, les atlas ou les livres de géographie, ce dont rêverait tout artisan coincé dans sa région. En 1969 pourtant, Sylvain décide de se lancer dans le cinéma et la télévision. Il va à Paris, travaille son projet avec un scénariste professionnel, rentre à Tahiti, et donne le premier coup de manivelle de " Teva ", un film qui deviendra une série et dont le rôle principal est tenu par son fils de dix ans. Plus qu'aucun documentaire touristique, ce feuilleton de 6 heures pour la télé a eu en son temps le mérite d'avoir donné à tout le monde l'envie de voir Tahiti. Tout le monde, c'est-à-dire les millions de téléspectateurs français qui l'ont vu trois fois, et leurs voisins européens, dont la Belgique et la Suisse où " Teva " est passé à deux reprises. Ce succès, hélas, ne peut effacer le drameå " Ce matin-là, raconte Sylvain, nous tournions une scène du film sur le port de Papeete, lorsque mon magasin et le labo ont été détruits par un incendie accidentel. Tout a complètement flambé, il ne restait plus rien " Plus rien en effet. Vingt ans d'archives, soit 50000 clichés noir et blanc et couleur, partis en fumée en quelques minutes ! Pour ainsi dire la photothèque de Tahitiå " Le film terminé, ça a été le déclic. Un écøurement total. Je me suis dit : plus de photo, c'est fini. Puis le temps a passé. Après trois ans, j'ai refait ma première image : Tehani sur un cocotier. Une photo de famille avec son modèle préféré ! Le retour au travail photographique s'est fait tout doucement. Et petit à petit, je me suis plus orienté sur les sujets esthétiques que sur le document ou les news comme autrefois.



L'ÉPOQUE DES POSTERS

Sorti de cette terrible épreuve, Sylvain a donc changé. Désormais, sa démarche professionnelle - qu'il considère comme une évolution - est totalement artistique. N'assurant que des reportages importants (personnalités politiques ou gens du spectacle en visite), il se consacre tout entier à la photo d'art " qui rejoint la peinture par le souci de la composition, des formes et de la lumière ". Excellent technicien et artiste très sûr, il se rapproche ainsi de sa fille peintre, Vaea, dans l'égal souci de construction et d'équilibre des sujets. Et de même que les impressionnistes (Gauguin en particulier) donnaient la forme par la couleur, lui sait qu'en photo comme en peinture " une couleur violente, par exemple un grand ciel, peut remplacer un gros plan ". Il ne remonte pas de magasin mais crée un laboratoire ultramoderne, entièrement électronique, de sa conception. Des milliers de posters 40 X 50 (" je travaille toujours en format unique ") en sortiront pour être vendus dans le monde entier, de même qu'à Tahiti. Ces images de la nature polynésienne, filles ou paysages, sont le fruit d'un travail très élaboré auquel participe étroitement Tehani Sylvain. Car l'un ne va pas sans l'autre. Depuis toujours, elle est sa styliste. Chaque prise de vue est le résultat de cette communion, de cette symbiose si parfaite qui est le fait de l'amour partagé. " Quand je suis avec elle, je suis en assurance, en sécurité. Même si elle est, en plus, un critique sans complaisance ! " affirme volontiers Sylvain qui utilise à présent deux Mamiya. Un 6 X 7 et surtout un 4,5 X 6 à moteur électronique et automatisme (pourquoi pas ?) : - " Lourd mais fantastique de maniabilité ". - " Pour ainsi dire je n'ai jamais fait de 24 X 36. C'est un format qui ne me convient pas. Même en reportage, je travaille beaucoup mieux en 6 X 6, qui permet de recadrer et de n'exploiter qu'un morceau du cliché. Et puis, la moindre manipulation d'un 24 X 36 est aussitôt menacée de rayures, de poussières qui apparaissent facilement. Tandis que le 6 X 6 est beaucoup moins fragile. On peut l'utiliser des quantités de fois avant qu'il ne commence à perdre sa pureté initiale. Mais j'avoue que quand je passe en petit format pour la famille ou autre, j'ai évidemment une impression de libération : la légèreté, le zoom, que peut-on souhaiter de mieux ? C'est fabuleux. Je pense que si je devais aujourd'hui me remettre au reportage, je passerai probablement au 24 X 36. D'autant qu'en reportage, l'exploitation n'est pas aussi importante qu'en photo d'art, où le même cliché est tiré et retiré d'innombrables fois ". " Je travaille en cinéaste, poursuit Sylvain. En Polynésie, la luminosité est extrêmement dense. Cela donne des contrastes forts et des ombres violentes. D'où la nécessité d'équilibrer la lumière. J'utilise donc la technique cinéma en photo. Certes, le système simple consiste à donner un coup de flash, mais je préfère rectifier la lumière avec des panneaux recouverts de papier d'argent ou de projecteurs. J'obtiens ainsi une luminosité, des reflets, et des détails dans les ombres. C'est un apport presque pictural à la photo. D'ailleurs, même à Paris, des projecteurså " Paris ? Oui, depuis un an, Tehani et Sylvain ont temporairement troqué leur bord de lagon pour un bord de Seine. Ils se sont installés dans une jolie péniche, près du pont de Neuilly. - " Je ne voulais pas évoluer uniquement sur Tahiti. Vivre en professionnel trente-cinq dans un archipel, même à la surface plus étendue que l'Europe, c'est beaucoup et il y a un moment où on a besoin de retrouver ses racines ", confie Sylvain, qui aime se partager entre le continent et le Pacifique. Avec pour formule de départ une opération " poster de rêve ". Huit grandes photos de Tahiti à l'affiche dans des centaines de points de vente en Europe. Mais ce serait oublier que la capitale des peintres et des poètes est aussi celle des photographeså " Je refais Paris ! ", lance Sylvain avec cet enthousiasme plein de clarté et de jeunesse qui le caractérise. Pour le compte des Éditions de France, société de distribution notamment chargée de la série " Les grands noms de la photographie ", il retrouve en effet sa ville natale (il est né rue Montmartre) qu'il a aussi connue dans la liesse de la Libération, lorsqu'il fut le deuxième char de la Division Leclerc à faire son entrée par la Porte d'Orléans. Pour ce reportage complet (1), il a conservé la technique utilisée en Polynésie. Au lieu d'attendre que le cliché envisagé dispose dans son cadre de toutes les " informations " nécessaires à la situation du sujet, il appréhende le tout, avec ses propres éclairages et personnages. Dès lors, les prises de vues ont lieu de jour comme de nuit. Par exemple la place de la Concorde figée au petit matin dans une lumière pure sur l'eau des bassins encore parfaitement plate. Ou bien une rue de Pigalle à l'heure des néons et du trottoir. Avec Sylvain, pendant trente-cinq ans, un regard s'est posé amoureusement sur la Polynésie. Aujourd'hui, le même regard, encore tout plein de cette Polynésie, et avec le même amour, est en train de se poser sur Paris. L'aventure de Sylvain continue.

Dominique Charnay, reportage paru dans "Le photographe" Aoùt 1981.